Des news (suite et fin)

Comme vous avez pu le remarquer le blog n’est plus actif.

J’aurai pu faire d’autres articles sur le processus de recrutement bac+5 pour un poste bac+2 ou inférieur (ou comment rendre plus dur l’accès au poste pour les plus diplômés), expliquer pourquoi les recruteurs sont des incapables (quand on ne connait pas les diplômes, c’est dur de pouvoir « qualifier » un candidat étant donné qu’on ne connait même pas les bases, un peu comme si un garagiste ne savait pas faire une vidange) ou encore sur la jalousie des recruteurs moins diplômés (DRH ou opérationnel).

Mais je n’en ai plus la force et le temps me manque. J’invite donc les personnes concernées à ouvrir d’autres blogs afin de partager leurs expériences du terrain.

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Le mythe de l’évolution des bac+5 en entreprise

Les recruteurs ainsi que l’Association Pour l’Emploi des Cadres vous font croire que parce que vous êtes bac+5 vous allez pouvoir évoluer en entreprise.

1er cas :

Si vous trouvez un emploi « de niveau bac+5 », vous allez surtout vous apercevoir que la majorité de vos collègues ont évolué… transversalement (ah oui, d’accord…).

Et c’est là qu’est le piège. Les recruteurs vous vendent une évolution que vous croirez verticale alors qu’elle sera horizontale.

Je suis désolé, mais l’évolution horizontale, cela s’appelle la stagnation. Et stagner n’est pas évoluer.

2ème cas :

Si vous ne trouvez pas d’emploi, ou que vous trouvez un emploi d’un niveau inférieur à votre niveau d’étude :

– vous allez mettre tellement de temps à évoluer verticalement que le gain vis-à-vis de votre « investissement en études » sera négatif ou nul dans le meilleur des cas

– ou vous évoluerez horizontalement (voir ci-dessus)

– et/ou vous n’allez pas évoluer du tout verticalement.

L’évolution verticale, quand elle est possible, c’est surtout une question de relations. Si vous n’avez pas le bon diplôme, la bonne expérience ou les bons résultats, si vous connaissez les bonnes personnes, on vous les apportera.

Un agent immobilier américain, dont j’ai malheureusement oublié le nom a dit :

« L’important [sous entendu sur le plan professionnel], ce n’est pas ce que vous connaissez. L’important, c’est qui vous connaissez. »

La société du mérite est un mythe, une manipulation. Elle est destinée à vous rendre plus rentable, tout simplement.

Non, faire des études longues (Bac+5) n’aide pas à trouver un emploi

Non, faire des études longues n’aide pas à trouver un emploi pour les bonnes et simples raisons que :

– la majorité des offres d’emploi disponibles sur le marché de l’emploi ne concerne pas les gens qui ont fait de « longues » études ; par conséquent, celles qui les concernent sont moins nombreuses que les offres d’emploi pour les gens ayant fait des études courtes ou pas du tout (et qui ne sont déjà pas assez importantes)

– les places du haut sont « plus chères », comprenez par là qu’un nombre plus important de personnes souhaite les occuper

– les critères de recrutement sont encore plus exigeants, opaques, et surtout nécessitant des relations « haut placées »

– des bac+5, pourtant issus de cursus professionnels, sont sans emploi ou déclassés.

La réalité n’est pas forcément complexe. Mais elle est dure. Il faut juste avoir le courage de la regarder en face.

Alors pourquoi l’Association Pour l’Emploi des Cadres vous raconte elle le contraire ? Parce sans les personnes qui ont fait des études « longues », elle n’existe pas. Oui, l’APEC est une organisation commerciale presque comme les autres ; la quantité de plus en plus importante de publicité réalisée en est par exemple une preuve. Nous pouvons donc légitimement nous interroger sur son statut d’association : ne lui sert-il qu’à s’affranchir d’une dîme fiscale qui pourrait lui apparaître comme dispendieuse ?

Vous remarquerez que l’Association Pour l’Emploi des Cadres reconnaît implicitement un manque de débouchés concernant le statut cadre, les diplômés bac+4 et supérieurs, ainsi que son caractère lucratif :

– premièrement parce qu’elle fait état de la pratique du « piston », plus présentablement qualifiée de réseau ou relation,

– et deuxièmement parce qu’il n’est pas rare que les offres d’emploi qu’elle publie ne soient pas des offres cadres, ou ne concernant pas des diplômés bac+4/5/8. Exemple :

Cette enquête de l’Association Pour l’Emploi des Cadres sur la durée des études et l’employabilité est discutable non seulement dans son contenu (qui ressemble à une plaquette publicitaire pour la poursuite d’étude à bac+5) mais également dans sa conception, ce qui rend d’autant plus inexactes les informations qu’elle communique ou que l’on extrapole. On constate que :

– les échantillons de secteurs, de recruteurs et de diplômés sont restreints

– l’échantillon bac+5 est peu représentatif des diplômés bac+5 sortants chaque année du système scolaire

– l’échantillon global ne comprend que des personnes (sauf une) qui ont réussi : comme par hasard…

– on ne connaît pas la provenance des coordonnées des diplômés.

On peut cependant remarquer que cette enquête, comme d’autres d’ailleurs, a quand même le mérite de confirmer une réalité bien triste : la méconnaissance importante des diplômes et des filières de la part des recruteurs.

Exemple : les recruteurs adorent les ingénieurs mais il y en a au chômage ou déclassés ; les recruteurs n’aiment pas l’université pour les bac+5, mais par contre pour des bac+2/3, ils recrutent des DUT/Licence Pro… qui sont des filières universitaires… et que possèdent (en plus) certains ingénieurs et bac+5 sortis d’écoles de commerce ou des filières professionnelles des universités, etc.

On ne peut nier que certains points soulevés sont justes. Par exemple :

– les problèmes de rémunération

– « le BTS c’est le billet d’entrée » Diplômé bac+3. Et pas un bac+5 ? L’APEC a-t-elle oublié ce témoignage plein de bon sens figurant au sein de sa propre enquête ?

– etc.

En revanche, d’autres témoignages méritent le double prix Nobel de la connerie et du mensonge :

« En faisant un bac+5, on gagne tout de suite 10 ans d’ancienneté par rapport à un bac+2. Les 3 ans perdus pendant les études, on les gagne largement après. » Recruteur.

Ces propos sont d’ailleurs les contraires de ceux relatés par un diplômé en BTS : « même si on arrive avec un bac+5, il y a quand même un passage au guichet, et les formations internes sont les mêmes, qu’on ait un bac+2 ou un bac+5 ». Voilà qui a le mérite d’être clair.

Voici quelques autres perles que contient cette enquête :

« ces formations (sous entendu BTS/DUT) restent pour les recruteurs le fait de diplômés qui […] dans leur relation au travail, peinent à s’investir. » APEC.

Bien sûr, les recruteurs embauchent des gens qui peinent à s’investir dans leur travail. Moins on s’investi, plus on est facilement recruté, c’est bien connu.

« les recruteurs reprochent aux bac+2/3 […] l’enfermement de leurs compétences dans le seul cercle technique et parfois aussi leur manque d’aptitudes relationnelles tout en doutant de leur ambition et de leur volonté de progresser » APEC.

Ce que dit l’APEC c’est qu’un bac+2/3 est un autiste fainéant ? C’est comme ça que certains arrivent à être embauchés ?

« un bac+2 […] n’a pas l’assurance d’un bac+5 » Recruteur.

L’assurance, ce n’est pas qu’une question de niveau, c’est aussi une question de personnalité.

« Elles sont (sous entendu les études bac+5) […] la marque d’une ambition certaine » APEC.

Que les entreprises ne sont pas capables de satisfaire. Quelle est donc l’utilité ?

« les bac+5 ne sont pas que dans le technique. Ils sont aussi bons dans la rédaction de documents » Recruteur.

Ce recruteur considère donc qu’en dessous de bac+5, on ne sait pas rédiger un document, et qu’à partir de bac+5, on peut être secrétaire. Franchement c’est formidable. 5 ans d’études pour arriver à rédiger quelque chose. Eh bah…

« les bac+2/3 […] ont toujours effectué […] des stages très tôt » Recruteur.

Ah oui, les bac+5 ne font pas de stages très tôt, ils ne passent pas par bac+2/3, ils arrivent directement à la dernière année ! Bien sûr !

« Certains recruteurs leur reconnaissent (aux bac+5) un manque d’humilité » APEC.

Que l’on peut également leur retourner de manière amplifiée.

« Avec les bac+5, il faut savoir canaliser le degré de prétention et d’humilité […] On a ciblé certaines écoles dans lesquelles les candidats ont la grosse tête. » Recruteur.

Réaction d’enfant gâté. Si ce recruteur cible des candidats qui selon lui, ont la grosse tête, c’est peut être parce que lui aussi, a la grosse tête…

« les recruteurs témoignent de difficultés pour embaucher […] des diplômés de niveau bac+5. » APEC.

Pleurer pour avoir plus de choix de « haut niveau », c’est le métier des recruteurs. Plus le nombre de diplômés bac+5 est important, plus cela les avantage. Je leur rappelle simplement que nombre d’entre eux sont sans emploi ou déclassés. Donc que tant qu’ils existent, les difficultés de recrutement sont dans les faits, des mensonges.

« la demande dans les secteurs d’activité concernés par l’enquête était importante. » APEC.

Tellement importante que ce sont les candidats qui ont fait passer des entretiens aux entreprises. Plus c’est gros, plus ça passe ?

« le fait qu’ils ne se soient pas montrés trop exigeants quant au contenu du premier emploi recherché a lui aussi contribué à l’insertion de quelques diplômés. » APEC.

Complètement contradictoire avec les propos tenus ci-dessus.

« Ce fut extrêmement difficile de recruter parce que l’on a eu énormément de besoin et les candidats étaient très sollicités. Il fallait pousser des coudes parce que c’était la guerre » Recruteur.

Oui, c’était tellement la guerre que les candidats faisaient passer des entretiens aux recruteurs et réclamaient 250KE minimum. Ce recruteur est un enfant gâté qui fait son caprice.

« certains recruteurs choisissent […] de former des bac+2/3 pour leur permettre de prendre des postes à priori destinés à des bac+5. Cette dernière pratique est toutefois très rare » APEC.

Ce qui est très rare, c’est la formation en entreprise, pas le fait que des bac+2/3 ou des bac+5 occupent les mêmes postes. Les postes peu rémunérés et peu agréables sont les principaux disponibles en entreprise.

« une absence de vocation qui les a poussés à élargir leurs recherches d’emploi » APEC.

C’est surtout le manque d’emploi qui pousse à élargir ses recherches.

« pour les bac+5 une évolution ascendante » APEC.

Il n’y a qu’à regarder le nombre d’ingénieurs qui commencent ingénieurs et qui finissent… ingénieurs. Quand à ceux qui commencent à servir au McDo ou à l’accueil d’une banque, ce n’est quand même pas un exploit qu’ils évoluent de manière plus ou moins ascendante comme n’importe quelle personne moins diplômée !

« Les titulaires de bac+5 considèrent l’allongement de la durée de leurs études comme un investissement particulièrement payant » APEC.

On aurait été étonné du contraire de la part d’une enquête de l’APEC ! En ne parlant que des gens qui ont à peu près réussi, le résultat est forcément partial.

« Les bac+5 se sentent au final davantage maîtres de leur évolution […]. Cela est […] lié à la qualité d’un diplôme qui leur ouvre l’accès à des postes prestigieux » APEC.

Oui, comme conseiller d’accueil dans une agence bancaire, caissier, etc. Décidément, on ne sait pas ce qu’ils prennent à l’Association Pour l’Emploi des Cadres, mais ça a l’air d’être bon.

Etc.

Notez qu’il existe également des perles de diplômés, mais ceux-ci apprendront sans doute plus tard ce que d’autres ont malheureusement expérimenté plus tôt.

Alors non, les études longues (Bac+5) n’assurent pas une insertion et un développement de carrière plus prometteur que des études courtes :

– les bac+2/3 s’insèrent plus facilement que les bac+5, même si ce n’est pas forcément très glorieux car eux aussi connaissent des difficultés

– et l’évolution promise des bac+5 est surtout un moyen de vendre des postes médiocres.

La seule raison qui fait qu’une partie des bac+2/3 poursuivent des études est leur espérance d’un plus haut niveau de vie. Or il n’existe aucune garantie en la matière.

Faire des études longues, c’est avant tout prendre un risque. Ça peut fonctionner, comme ça peut ne pas fonctionner. C’est la loterie. Le retour sur investissement réserve parfois de bien mauvaises surprises… votre diplôme bac+5 (considéré comme surdiplômé) devenant alors un boulet dont vous subirez le poids toute votre vie.

Les recruteurs ne savent pas lire

Il y a des choses que les candidats adorent. Parmi celles-ci, être convoqué à un entretien à 500 kms de chez soi articulé autour de questions dont les réponses figurent en clair dans un C.V., et même dans une lettre de motivation.
Exemple : « Vous êtes mobile ? »

La réponse à cette question figure en général dans les toutes premières lignes du C.V. Mais c’est vrai qu’un recruteur, c’est un peu comme un élève en C.P : dès qu’il faut lire plus de deux lignes sur des C.V qu’il a sélectionné (d’ailleurs on ne sait trop comment visiblement, sans doute suivant les couleurs qui lui parlent), il est perdu. Alors bon, la lettre de motivation…

Quand vous postulez à un emploi à 500 kms de chez vous, que vous vous déplacez, que vous avez mentionné au sein de votre candidature votre mobilité, demander à un(e) candidat(e) une quatrième confirmation relève de l’imposture.
Au début, quand on tombe sur un recruteur qui pose ce genre de question, on pense que c’est un cas isolé. L’expérience en recherche d’emploi vous prouvera le contraire.

Le business de la recherche d’emploi (2)

Décidément, le filon est bon. Et maintenant, les radios l’investissent.

RTL et RMC s’y mettent. Où comment le recrutement sert de prétexte à la publicité : publicité gratuite pour l’entreprise, qui voit son nom annoncé à l’antenne et/ou sur le site de la radio, et publicité pour la radio qui dope les visites de son site Internet ; elle peut donc ainsi vendre plus de pub sur celui-ci, sans parler de la pub ciblée à l’antenne :

– Temporis pour RMC, qui ne recrute pas grand monde dans ses agences,

– et Keljob sur RTL, qui est obligé de reprendre des annonces parues dans la presse pour pouvoir gonfler le nombre d’offres d’emplois visibles sur son site.

D’ailleurs, les radios confirment, involontairement (faute de véritables journalistes, sans doute), certains problèmes de la recherche d’emploi. Sur RMC par exemple, on a la franchise de dire que sur un peu plus de 3000 annonces, 2500 ont été pourvues. Soit une belle proportion de 17% d’annonces bidons, et ceci, non pas retranché derrière un site Internet ou un papier quelconque, mais bel et bien en direct à la radio. Quand à RTL, aucun semblant de suivi n’est réalisé.

Tous les coups sont donc permis, le recrutement (comme d’ailleurs beaucoup de domaines afférents au monde de l’entreprise) étant une jungle.

Pourquoi l’orientation des étudiants est un faux problème ?

Condamner le supérieur parce qu’il ne s’adapte pas à la demande des entreprises est une erreur.

1. Parce que pour s’adapter à une demande, il faut que la demande soit présente et réalisable. Or, elle tend à correspondre à :
– Polytechnique doublée par HEC,
– minimum quadrilingue,
– 7 ans d’expérience en sortant de l’école,
– célibataire sans enfants,
– temps de travail égal à 24h par jour, 7j/7,
– mobilité planétaire à charge du salarié/chercheur d’emploi,
– package de rémunération : 60 euros par mois, contrat local indien, chinois, ou africain, au choix (le fameux « package attractif »),

ou plus pragmatiquement au déclassement/chômage.

2. Parce que vouloir réguler l’orientation des étudiants en fonction des débouchés, c’est savoir anticiper les besoins de demain. Or aucune entreprise ne veut avoir/n’est capable d’avoir une vision à long terme compte tenu de ce que sont les marchés et de ce que sont les dirigeants/propriétaires de celles-ci, que ce soit en terme de ressources humaines ou autres (si ce n’est la fameuse devise du « toujours plus pour toujours moins pour toujours les mêmes »).
Par conséquent, on ne peut demander à l’éducation nationale de faire le travail des entreprises à leur place ou de faire avec des anticipations de besoins RH inexistants ou non fiables.
Notez quand même que cette régulation s’exerce déjà un peu au travers du nombre de places disponibles dans les filières.

3. Parce que le manque d’emploi n’est pas question de « spécialité ». Le manque d’emploi est symptomatique de toutes les spécialités. Des secteurs entiers nous bassinent à longueur de temps qu’ils embauchent alors que nombre de diplômés ou d’expérimentés de ces mêmes secteurs recherchent du travail. Donc quelque soit leur orientation, les gens vont ramer.

4. Parce que c’est incohérent de dire aux gens de travailler dans ce qu’ils aiment et ensuite de tenir le discours « faites en fonction des débouchés ». Et leur reprocher ensuite leur manque de motivation ou leur démarche de vouloir travailler dans quelque chose qu’ils n’aiment pas ou qui les laissent indifférents.

5. Parce que la question de l’orientation a déjà été posée (oui, les pays ont un passé) et cela a conduit à privilégier les filières professionnelles, dites plus adaptées à la demande des entreprises puisque celles-ci en sont plus ou moins partenaires (à la création/au quotidien). Or vue la situation, on ne peut pas se réjouir du résultat, le chômage et le déclassement continuant leur progression (seules les statistiques truquées n’en prennent pas conscience).

Pourquoi faire des études professionnelles / soit disant adaptées aux débouchés du marché de l’emploi ?
– parce vous aimez cela ?
– parce que vous voulez pouvoir vivre plus décemment, avoir un emploi ?
– etc.

L’entreprise n’a que faire de :
– ce que vous aimez faire
– votre niveau de vie
– de toute autre chose concernant votre vie, vos désirs et vos états d’âmes d’êtres humains.

Elle veut que vous soyez motivés et qualifiés au maximum, et payés au minimum. Pas motivé dans le sens « aimer » (je vous le répète, l’être humain, elle s’en fout), mais dans le sens « travailler d’arrache pied pour générer toujours plus d’argent pour ses propriétaires et pour la personne ou l’équipe dirigeante ». C’est la seule et unique chose qui l’intéresse. Le reste, c’est de la littérature.

Les besoins des deux parties sont donc difficilement joignables et la tentative de les faire se rejoindre se traduit par, entre autres, le chômage.

Par conséquent, le problème de l’orientation des étudiants est un leurre destiné à occulter le fait que la survie de l’entreprise passe avant celle de la majorité des êtres humains.